Note d’intention de la version vidéographique
 
D’après les textes et les encres d’Henri Michaux

 

   File

Effectif instrumental
Deux percussionnistes, un accordéoniste et un comédien

Durée
30" 

Commande 
gmem-CNCM-marseille 

Date et lieu de composition 
2018/2019, Paris, Marseille, Nice

Création 
•18 novembre 2019, Marseille France 
Festival Les Musiques
Trio K/D/M, Bruno Boulzaguet

RIM 
José Miguel Fernández

Conception et fabrication des gants

Thomasine Barnekow

Fiche technique
Stereophonic, Motion Sensors

Composition : Alireza Farhang

Mise en espace : Bruno Boulzaguet

Vidéo: Raphaël Foulon

Interprètes : Trio K/D/M, Bruno Boulzaguet

Conception et fabrication des gants : Thomasine Barnekow

Réalisation en informatique musicale : José Miguel Fernandez

…je tiens à aller par des traits plutôt que par des mots…

Note

Silence

Ombre et lumière

Mouvement

Gestes sonores

Nouvelles technologies et une voix

“Ne m'étant pas enfant prêté à jouer avec le sable des plages il m'est venu hors d'âge le désir de jouer et présentement de jouer avec les sons.”

Le projet

Chuchotements burlesques est un projet artistique qui réunit le son, la lumière, l’image, la parole et le geste audio et physique autour de la musique. Le processus de création de l’œuvre s’effectue de manière organique. L’œuvre est donc dotée d’une souplesse formelle qui s’adapte naturellement à des situations scéniques variées. Grâce aux recherches effectuées sur la représentation graphique du son et de la musique, une notation graphique et hybride a été conçue afin de permettre aux artistes de différentes disciplines artistiques d’établir un rapport intuitif avec la lecture de la partition musicale. Les vastes possibilités qu’offrent les nouvelles technologies donnent à la pièce une dimension plus large qu’un simple concert. Dans la composition de Chuchotements burlesques les intentions musicales sont fondées sur des expressions extra musicales où le geste physique et visuel a une place importante. Ce projet est donc une tentative où la frontière entre la musique, la littérature, la peinture, le théâtre et la chorégraphie est estompée. Dans ce ce sens ce projet interdisciplinaire se présente en diverses versions, dans chacune d’elles une forme artistique peut être dominante.

 

Un accordéoniste et deux percussionnistes équipés des capteurs de gestes, et jouant les instruments tantôt réels et tantôt virtuels, se mettent en dialogue et interagissent avec les sons et les images produits par l’ordinateur.

 

La pièce est directement inspirée par les poèmes et les dessins d’Henri Michaux et de Bijan Elāhi : ces matériaux bruts littéraire donne naissance à cette œuvre transdisciplinaire qui tente de reconstruire l’univers musical et sonore du poète.

Un comédien

Un accordéoniste

Deux percussionnistes

La conception de l’œuvre

Mot, son et geste. Trois éléments au cœur de la conception artistique de l’œuvre. En un mot, la communication est le thème de la pièce. Transmettre une émotion par les mots, les sons, et surtout par un geste physique et visuel, constitue la source d’inspiration du compositeur afin de réaliser ce projet. La dimension conceptuelle du thème laisse une grande marge de liberté afin de projeter des idées artistiques plus abstraites et moins contraignantes. Le geste, comme l’élément moteur de la musique et du visuel fait donc partie intégrante de la conception du projet. Cet élément, dans son état virtuel, conçu par le compositeur et le metteur en scène au moment de l’écriture de la pièce jusqu’à sa réalisation par les musiciens, a une place privilégiée tout au long du projet. Lors de la composition de la pièce, le compositeur tient compte de la conséquence sonore et visuelle de chaque geste qu’il compose sur la partition. C’est au moment de l’interprétation de l’œuvre que tous ces gestes virtuels se réalisent en sons, en actes et en image.

Le processus de création de ce projet s’effectue en deux phases. Dans un premier temps, suite à la collaboration étroite entre le compositeur, les interprètes et le comédien-metteur en scène, la version concert du spectacle est créée. Dans un deuxième temps, grâce à la réalisation de la partition hybride de haut niveau et en collaboration avec le compositeur,  la version vidéographique de l’œuvre sera montée.

Les bras glissés dans le cuir d’une paire de gants Univers graphique
Capteur de mouvement
Créateurs de sonorités

Technologie de reconnaissance de geste

La musique

Dans ce projet, la haute capacité musicale de l'accordéoniste Anthony Millet, la virtuosité d’Adélaïde Ferrière et la dextérité d’Aurélien Gignoux, ces deux derniers jeunes percussionnistes d’excellence, ainsi que les possibilités sonores et illimitées qu’offre l'informatique musicale, incitent le compositeur à écrire une nouvelle pièce pour le Trio K/D/M.  L'effectif particulier de ce trio offre une palette riche de sonorités qui est le résultat de la combinaison du son quasi sinusoidal de l’accordéon, le bruit de souffle, avec le son des instruments de percussion indo-iraniens (zarb, daf, pot, tabla) et occidentaux, tantôt de hauteurs déterminées et tantôt de hauteurs indéterminées. Cela permet au compositeur de repenser le rapport entre le rythme, le timbre et la mélodie, en s’appuyant sur le rôle de l'ordinateur dans le processus de composition de cette nouvelle pièce. Les sons de synthèse, qui émanent des gestes instrumentaux et physiques, et sont modélisés par la morphologie gestuelle, permettent d’étoffer une texture sonore riche qui repose sur un discours rythmico-mélodique concret des instruments. La pureté du timbre de l’accordéon et la richesse sonore des instruments de percussion représentent deux univers complémentaires qui se marient parfaitement avec les sons de synthèse.

Le compositeur a longuement travaillé sur l’hybridation des cultures musicales, parfois d’ordres opposés et de natures différentes. Grâce à sa double formation en musique persane et en musique classique occidentale, son parcours esthétique aborde une large palette des sonorités européennes et extra-européennes.

Les mots ont une place privilégiés dans la composition musicale de la pièce. Différents aspects de la parole, le débit, l’expression, l’intensité, l’intonation, les consonnes, les voyelles, etc. sont utilisés pour composer la partie électronique aussi bien que la partie instrumentale. Les interprètes étant considérés comme les protagonistes de la scène, leur voix n’est pas exclue dans ce processus. La présence du comédien sur scène donne une dimension scénique forte au spectacle. Les mots et les paroles, prononcés en français et en persan, traités par l’ordinateur, ainsi que les gestes physiques de tous les protagonistes du spectacle, interagissent avec la musique.

Selon le poète Henri Michaux les mots,

piégés dans la rigidité de leur définition,

ne se suffisent plus.

Michaux et Elāhi

La poésie de geste chez Henri Michaux (1899 - 1984), le poète français d’origine belge, est fortement soulignée. Le mouvement, l’exploration et l’excursion sont les éléments inséparables de sa pensée de poète et de peintre. Henri Michaux est le poète des voyages et des explorations. Après des études chez les jésuites, il est tenté par la médecine, puis s’engage comme matelot dans la marine. Vers 20 ans la découverte de Lautréamont le pousse à écrire. Il se met d’un coup à la peinture. Il parcourt l’Equateur, L’Amérique du sud, la Chine, l’Inde… voyages réels qui interfèrent avec ses voyages poétiques - Ecuador, Un barbare en Asie, Voyage en grande Carrabagne, Au pays de la magie - et ses voyages picturaux - Meidosems, Mouvements -. Avec les percussions qu’il rapporte de ses voyages ou bien au piano, il joue des improvisations « qui ne deviennent pas des œuvres ».

A cinquante ans, il lance « Des mots ? je n’en veux aucun. A bas les mots ! », il peint de plus en plus, se méfie du verbe, il proclame les privilèges de la peinture et de la musique.. « j’écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir.»

 

Le Clown de Michaux, par la destruction, rejoint son espace du dedans. Clown est un texte sur l'identité, voire sur l'absence d'identité qu'est l'authenticité.  Clown sans cirque, créature de l'intérieur, intimité de l'être. C'est de l'échelle sociale qu'il dégringole, jusqu'à se faire paria barbare, in-digne. Renversement grotesque, carnavalesque : le clown n'est plus le dernier d'un ordre, mais le premier, le seul, d'un nouvel ordre.

Le parcours du poète et peintre; Bijan Elāhi (1946 - 2011), traducteur spécialisé de Michaux, révèle l’exploration de l’ailleurs, le voyage mystique par des mots et des signes. Elāhi est un grand néologue qui, avec Michaux, offre une source riche d’inspiration au compositeur de ce projet.

Les mots sont tantôt prononcées par les instrumentistes, tantôt par le/la danseur/danseuse ou l’ordinateur. Les gestes physiques, inspirés par les peintures ces deux poètes-peintres, et tracés par les gestes physiques des instrumentistes, sont audibles à travers les instruments, aussi bien que l’ordinateur, grâce a des capteurs.


Selon le poète Henri Michaux les mots, piégés dans la rigidité de leur définition, ne se suffisent plus.

De ses voyages le poète récolte des instruments de musique qui lui sont étrangers avec lesquels il aime improviser des morceaux dont il ne reste aucune trace.

La mise en geste

Nous désirons mettre en sons, en mots, en musique, en bruit, en acte, en mouvement, en image, en lumière, en parole, mettre en marche le récit de cette aventure inouïe. Nous traduisons en musique et en mouvement les gestes intérieurs mais expressifs de chaque mot et de chaque dessin du poète. Il s’agira d’immerger le spectateur auditeur dans un espace son-image. Un conte, une mythologie moderne. Des conteurs, musiciens en interaction avec la lumière. Soubresauts, tremblements, lignes de tensions, grands moments de vide, absence. Rapport théâtre - musique ou plutôt le  apport corps - musique. L’accordéon par ses lignes en perpétuelles métamorphoses formidable machine à souffle, à dire sa forme ventrue, presque comique. Parfait pour aller à la rencontre de ce corps qu’est  ’acteur, dans un processus de rapprochement, de miroir, de pénétration. On pourrait parler d’interface entre musicien et le comédien. Diffusions sur bande et transformés en temps réel comme des surfaces sonores en variations en devenir, établissant des liens entre les musiciens acoustiques et ponctuant la narration ou bien déchirant le silence.

Michaux dessine ses compositions,

les traduit en paroles,

les rédige en chapitres tel un manifeste musical.

L'aspect technique

Nous sommes face à une situation où le discours du spectacle se déroule dans deux temporalités parallèles, celle du comédien-récitant et celle des interprètes, autrement-dit celle du récit littéraire et celle du récit musical. Afin que ces deux temporalités se synchronisent sans perturber la spontanéité du discours, il est indispensable d’utiliser des traitements en temps réel. 

Pour ce faire les protagonistes sont équipés des capteurs de mouvement. Les gestes captés pilotent des traitements et génèrent des sons de synthèse sinon transforment la voix du comédien.

Les sons de synthèse proviennent de trois méthodes, à savoir additive, concatenative et formantique. Ils sont générés en temps réel aussi bien qu’en temps différé, selon la situation.

Les gestes des interprètes sont donc tracés dans l’espace par le son et par la lumière. La disposition stéréophonique, les modules de spat intégrés dans le patch du concert permet de faire une spatialisation interactive avec un rendu qui correspond à l’esprit théâtral de la pièce. Les sons de synthèse sont minutieusement tissés dans l’environnement d’OpenMusique et de Max. Les fichiers de sons, et de micro sons sont ensuite déclenché en temps réel.

Ce sont ces textes et images qui ont été notre matière première pour naviguer dans

son univers littéraire, aussi bien verbal que pictural.

La lumière et une scénographie virtuelle

La présence des instruments virtuels sur scène qui sont en interaction avec l’image et la lumière sont des élément scénographique qui donnent une dimension dramaturgique au spectacle. Grâce aux capteurs et le processus de reconnaissance de gestes, les instruments virtuels fonctionnent comme l’extension des instruments vrais. Ils peuvent aussi s’incarner en objets quelconques : une chaise, un fil... tout objet peut devenir un instrument joué par l’interprète, au même titre que les percussions, ou bien restent invisibles, selon les contextes de la dramaturgie du spectacle. La scénographie du spectacle est donc flexible et peut s’adapter aux différents scénarios. Apparition et disparitions de personnages/objets musicaux à l’aide d’une lumière tantôt sobre tantôt riche. Onirisme. Atmosphère électrique où tous les éléments acteurs du spectacle sont réunis grâce à la musique.

 

La composante vidéo vient s'intégrer dans une scénographie déjà riche : personnages costumés, instruments, dispositif d'ombres chinoises... Il est essentiel que le rôle de la vidéo soit de magnifier la dramaturgie sans prendre le pas sur elle. Nous utiliserons des surfaces de projection non conventionnelles qui donneront une identité visuelle forte à ce projet. En particulier, l'usage de panneaux de tulle noir et la projection directe sur les musiciens permettront de créer une ambiance surréaliste tout en préservant une scénographie contrastée dans les teintes sombres.

Est-ce du théâtre ?

Est-ce de la chorégraphie de sons et de lumières ?

Espace-temps vacillant entre réalité et virtualité.

Hétérotopie organiques et surréalistes

La création vidéo se démarque des productions contemporaines dont le matériau de base est synthétique : nous désirons créer un univers intemporel libéré d'évocations conceptuelles, qui plonge le spectateur dans un espace au caractère puissant et marqué. Nous nous inspirerons des univers imaginaires que Henri Michaux a révélé au travers de ses productions graphiques (dessins, gravures), dont certaines ont été « remixées » pour produire des graphismes préparatoires (cf. illustrations). Un dialogue entre ces représentations et les arts numériques ouvrira la porte sur des visions surréalistes qui s'éloignent radicalement des productions classiques en art psychédélique (traditions chamaniques, New-age…).

À la manière de Henri Michaux, nous désirons proposer une exploration dans des univers étrangers à notre monde, des océans et des jungles aux contours étranges dans lesquels se métamorphosent illusions et apparitions. Les formes et mouvements viendront souligner l'expressivité et le caractère de la composition : ordonnée ou chaotique, organique ou synthétique, et entreront en résonance avec la poésie et la dynamique du texte et des phonèmes.

Les graphismes préparatoires pour la vidéo, créés par Raphaël Foulon

Technologiques temps-réel et interactivité

Nous prenons le parti pris de la génération vidéo en temps réel. Les visuels seront générés en temps réel dans l’eqkoscope, un logiciel de création vidéo développé sur OpenFrameworks et diffusé sous licence libre, développé depuis 2012 par Raphaël Foulon au sein du collectif d'arts numériques eqko. Conçu pour les performances live, son moteur de rendu est dédié aux pratiques temps-réel. L'usage de cette technologie ouvre de nombreuses possibilités en termes d'expressivité. Nous utiliserons les données issues des capteurs de geste et de l'analyse en temps-réel de la matière sonore pour mettre en place des procédés d'interactivité complexes. Cette interactivité permettra de créer une dynamique visuelle réactive et cohérente, qui viendra par moments souligner voire expliciter le travail fin de la dynamique qui émane du texte. Les mouvements des acteurs et musiciens viendront agir sur la trame des univers dans lesquels ils évoluent, tels des alchimistes venant perturber l'océan perceptif dans lequel ils évoluent. Enfin, grâce aux technologies mises en œuvre, une interaction très fine pourra être mise en place entre le jeu des instrumentistes et la génération de visuels, ce qui offre d'intéressantes perspectives lorsqu'on considère la complexité de l'instrumentation et de la composition musicale polyrythmique.

Pour générer les espaces surréalistes évoqués plus haut, nous nous exploiterons entre autres le mécanisme le larsen vidéo, redécouvert sous l’angle des arts numériques contemporains. Forte d’un corpus élaboré sur 70 ans, la technique du larsen vidéo permet de vastes perspectives en termes de création de contenu et d’expressivité. Son mécanisme chaotique et périodique permet de créer des visuels à l'aspect vivant, hypnotiques et méditatifs, qui invitent tant à une expédition vers de nouveaux horizons qu’au voyage intérieur.

Espace-temps vacillant entre réalité et virtualité

Chuchotements burlesques est une tentative où le geste transcende le mot

Conception des gants

Collection de gants couture de Thomasine Barnekow

En dialogue avec Alireza Farhang et Bruno Boulzaguet, la direction d'inspiration a été choisie parmi les lithographies et les dessins à l'encre d'Henri Michaux.

Un cadre basé sur l'esprit de l'art brut. L’étude des mouvements des musiciens a permis de comprendre le langage corporel, à la fois des possibilités et des contraintes.

L’étude des mouvements de la main des dessins a donné des lignes fluides, des formes organiques et un contraste de couleurs pour construire la base des nouveaux modèles. Transformer l’idée traditionnelle des gants, de la peau d’agneau en un dessin à l’encre en trois dimensions.

Essayer de répondre à la question de savoir si les gants peuvent être de l’art?

La collection ressemble-t-elle à des gants? Comme des arbres? Comme l'eau? Vous aimez les masques africains? Comme des danseurs? Ou ressemblent-ils à de la musique?

Le résultat est une collection qui est devenue vivante une fois portée par les musiciens. Les gants sont devenus des instruments virtuels.

Mais la collection est aussi visuellement solide dans une installation individuelle.

Les gants - les instruments - la musique - l'art.

Henri Michaux

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

   Gallery